Thèse

Thèse

Le rôle de l’apprentissage statistique dans l’entrée en littéracie d’adultes allophones non-alphabétisé·es : approche expérimentale et applications didactiques.

Sous la direction d’Hervé Adami et Samantha Ruvoletto

Résumé :

Cette thèse interroge le rôle d’un ensemble de processus cognitifs dans l’apprentissage de la lecture chez des adultes allophones non-alphabétisé.es. Ces apprenant.es, qui n’ont appris ni à lire ni à écrire dans aucune langue que ce soit du fait d’une scolarisation antérieure absente ou insuffisante, constituent encore une part non-négligeable des apprenant.es migrant.es en formation linguistique en France. Ils présentent des besoins spécifiques peu traités sur le plan théorique, qui demeurent donc source de difficultés dans les pratiques de formation et l’élaboration d’outils pédagogiques. L’acquisition des correspondances lettres-sons (CLS), en particulier, est une étape fondamentale mais exigeante du parcours d’entrée en littéracie dans une langue alphabétique comme le français. Nous nous concentrons pour cette thèse sur l’interaction entre deux mécanismes permettant cette acquisition : les instructions explicites (IE) d’une part, et l’apprentissage statistique (AS) d’autre part. Les IE, appelées phonics dans le monde anglophone, sont de loin les plus courantes en formation, et consistent en l’enseignement direct des CLS. L’AS, lui, désigne le processus neuronal inconscient qui, à force d’exposition, conduit à l’extraction automatique des régularités issues de l’environnement sensoriel. Si ces deux mécanismes sont reconnus comme essentiels dans le parcours d’apprentissage de la lecture, de récents travaux tendent à montrer que les IE sont particulièrement efficaces lorsqu’elles mettent en évidence et formalisent les régularités extraites au préalable par le système d’AS d’un.e apprenant.e. Or, ces études portent sur des publics d’enfants ou d’adultes à fort capital scolaire, qui ne présentent ni les mêmes profils (sociolangagiers et/ou cognitifs), ni la même hétérogénéité qu’un groupe d’adultes migrant.es. Le projet, en s’appuyant sur deux axes théorico-méthodologiques, l’un relevant de la psycholinguistique (quasi-)expérimentale, et l’autre de la didactique de l’alphabétisation, vise à améliorer la compréhension des mécanismes favorisant l’acquisition des CLS chez ce public lors d’une étude de cohorte mêlant AS et IE. L’hypothèse centrale est que les aprenant.es progressent mieux dans la maîtrise du code écrit lorsque les IE sont introduites dans un second temps, une fois les processus d’AS mis en place. Par extension, du fait de la forte hétérogénéité qui règne au sein des groupes d’apprenant.es, la nature de cette progression est susceptible de dépendre sensiblement de variables sociolangagières, comme l’âge ou la situation professionnelle et familiale. Une seconde étude par méthodologie de cas unique vise à explorer la nature de cette variabilité, en s’intéressant plus en détail à la progression individuelle d’apprenant.es appartenant aux profils représentatifs identifiés en amont.